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UN MONDE EN PÉRIL: RÉCHAUFFEMENT PLANÉTAIRE DE 1,5°C

Rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et les trajectoires associées d’émissions mondiales de gaz à effet de serre dans le contexte du renforcement de la parade mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté.

Le Résumé à l’intention des décideurs (RID) présente les principales conclusions du Rapport spécial sur le réchauffement planétaire de 1,5 °C, sur la base de l’évaluation de la documentation scientifique, technique et socio-économique disponible qui se rapporte à un réchauffement planétaire de 1,5°C et aux fins de comparaison d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C et d’un réchauffement planétaire de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Le degré de confiance correspondant à chacune des principales conclusions est indiqué au moyen du langage « calibré » du GIEC.


Notions essentielles

Température moyenne à la surface du globe: Estimation de la moyenne mondiale de la température de l’air près de la surface au-dessus des terres émergées et de la glace de mer, et de la température de surface de la mer dans les régions où l’océan est libre de glaces, les variations étant généralement exprimées en tant qu’écarts par rapport à une valeur pour une période de référence donnée. Lors de l’estimation des variations de la température moyenne à la surface du globe, la température de l’air près de la surface des terres émergées et de l’océan est également utilisée.

Préindustriel: Caractérise la période pluriséculaire antérieure à celle marquant le début du développement industriel à grande échelle vers 1750. La période de référence de 1850-1900 sert ici à estimer la température moyenne à la surface du globe pour la période préindustrielle.

Réchauffement planétaire: Estimation de la hausse de la température moyenne à la surface du globe au cours d’une période de 30 ans ou de la période de 30 ans centrée sur une année ou une décennie donnée, exprimée par rapport aux niveaux préindustriels, sauf indication contraire. Pour les périodes de 30 ans couvrant des années passées et futures, il est assumé que la tendance multidécennale au réchauffement observée actuellement se maintiendra.

Émissions nettes de CO2 égales à zéro: Les émissions nettes de dioxyde de carbone (CO2) sont égales à zéro lorsque les émissions anthropiques de CO2 sont compensées à l’échelle du globe par l’élimination anthropique de CO2 pendant une période donnée.

Élimination du dioxyde de carbone (EDC): Activités anthropiques qui permettent d’éliminer le CO2 de l’atmosphère et de le stocker, de manière durable, dans des réservoirs géologiques, terrestres ou océaniques, ou dans des produits. Sont comprises dans ces activités la valorisation anthropique, qu’elle soit actuelle ou potentielle, des puits biologiques ou géochimiques et le captage direct dans l’air et le stockage, mais en est exclu le piégeage naturel de CO2 qui n’est pas causé directement par des activités humaines.

Budget carbone total: Estimation des émissions mondiales nettes cumulées anthropiques de CO2, depuis la période préindustrielle jusqu’au moment où ces émissions deviennent égales à zéro, qui permettraient, avec une certaine probabilité, de limiter le réchauffement planétaire à un niveau donné, compte tenu des impacts des autres émissions anthropiques.

Budget carbone restant: Estimation des émissions mondiales nettes cumulées anthropiques de CO2, depuis une date donnée jusqu’au moment où ces émissions deviennent égales à zéro, qui permettraient, avec une certaine probabilité, de limiter le réchauffement planétaire à un niveau déterminé, compte tenu des impacts des autres émissions anthropiques.

Dépassement de température: Dépassement temporaire d’un niveau donné de réchauffement planétaire.

Trajectoires d’émissions: Dans le présent Résumé à l’intention des décideurs, il est entendu par « trajectoires d’émissions » les trajectoires modélisées des émissions mondiales anthropiques au cours du XXIe siècle. Les trajectoires d’émissions sont classées selon leur trajectoire de température au cours du XXIe siècle: les trajectoires qui prévoient, sur la base des connaissances actuelles, une probabilité d’au moins 50 % de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C au plus sont des trajectoires « sans dépassement »; celles qui prévoient une limitation du réchauffement à 1,6 °C au plus, suivie d’un retour à un réchauffement de 1,5 °C en 2100 au plus tard sont les trajectoires à « dépassement minime au-dessus de 1,5 °C »; alors que celles qui prévoient un réchauffement supérieur à 1,6 °C, mais qui revient à 1,5 °C à 2100 au plus tard sont les trajectoires à « dépassement marqué ».

Impacts: Effets du changement climatique sur les systèmes naturels et humains. Les impacts peuvent avoir des répercussions positives ou négatives sur les moyens de subsistance, la santé et le bien-être, les écosystèmes et les espèces, les services, les infrastructures, ainsi que les biens économiques, sociaux et culturels.

Risque: Conséquences néfastes éventuelles d’un aléa d’origine climatique sur des systèmes humains ou naturels, dues à la nature de l’aléa considéré, ainsi qu’à la vulnérabilité et au degré d’exposition du système concerné. La probabilité d’exposition à un aléa et l’ampleur de ses effets sont des éléments constitutifs du risque. Par risque, on entend également les conséquences néfastes éventuelles des mesures d’adaptation ou d’atténuation prises pour faire face au changement climatique.

Trajectoires de développement favorisant la résilience face au changement climatique: Trajectoires qui consolident le développement durable à diverses échelles et amplifient la lutte contre la pauvreté grâce à des transitions et des transformations équitables de la société et des systèmes, tout en réduisant la menace que représente le changement climatique grâce à la mise en place de mesures ambitieuses d’atténuation et d’adaptation et au renforcement de la résilience face au changement climatique.


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Brésil Amazonie, 2019. Feu de forêt. Photo CARL DE SOUZA/AFP via Getty Images

Compréhension d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C

Selon les estimations, les activités humaines ont provoqué un réchauffement planétaire d’environ 1 °C au-dessus des niveaux préindustriels, avec une fourchette probable allant de 0,8 °C à 1,2 °C. Il est probable que le réchauffement planétaire atteindra 1,5 °C entre 2030 et 2052 s’il continue d’augmenter au rythme actuel (degré de confiance élevé).

Le réchauffement dû aux émissions anthropiques mondiales qui ont eu lieu depuis l’époque préindustrielle jusqu’à présent persistera pendant des siècles à des millénaires et continuera de causer d’autres changements à long terme dans le système climatique tels que l’élévation du niveau de la mer, avec des impacts associés à ces modifications (degré de confiance élevé), mais il est improbable que ces émissions soient à elles seules en mesure de provoquer un réchauffement planétaire de 1,5 °C (degré de confiance moyen).

Les risques liés au climat auxquels sont exposés les systèmes naturels et humains sont plus élevés pour un réchauffement planétaire de 1,5 °C qu’à présent, mais moins élevés que pour un réchauffement de 2 °C (degré de confiance élevé). Ces risques sont fonction de l’ampleur et du rythme du réchauffement, de la région considérée, du niveau de développement et du degré de vulnérabilité, ainsi que des options retenues en matière d’adaptation et d’atténuation et de leur mise en œuvre (degré de confiance élevé).

Changements climatiques anticipés, impacts potentiels de ces changements et risques connexes

Selon les projections des modèles climatiques, les caractéristiques climatiques régionales devraient présenter des différences robustes entre le moment présent et celui où le réchauffement planétaire atteindra 1,5 °C, et entre 1,5 °C et 2 °C. Ces différences consistent notamment dans l’augmentation de la température moyenne dans la plupart des régions continentales et océaniques (degré de confiance élevé), des extrêmes de chaleur dans la plupart des zones habitées (degré de confiance élevé), des épisodes de fortes précipitations dans plusieurs régions (degré de confiance moyen) et de la probabilité de sécheresses et de déficits de précipitations dans certaines régions (degré de confiance moyen).

À l’horizon 2100, l’élévation du niveau moyen de la mer à l’échelle du globe en cas de réchauffement planétaire de 1,5 °C devrait être inférieure de 10 cm environ à celle correspondant à un réchauffement de 2 °C (degré de confiance moyen). L’élévation du niveau de la mer se poursuivra bien au-delà de 2100 (degré de confiance élevé), et l’ampleur et le rythme de cette élévation dépendra des trajectoires futures des émissions.

Un ralentissement de l’élévation du niveau de la mer offre de meilleures possibilités d’adaptation pour les systèmes humains et écologiques des petites îles, des zones côtières de faible altitude et des deltas (degré de confiance moyen).

Sur les terres émergées, selon les projections, les impacts sur la biodiversité et les écosystèmes, y compris la disparition et l’extinction d’espèces, devraient être plus limitées à 1,5 °C qu’à 2 °C de réchauffement planétaire. La limitation du réchauffement planétaire à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C devrait donner lieu à des impacts moindres sur les écosystèmes terrestres, d’eau douce et côtiers et mieux préserver les services qu’ils rendent aux êtres humains (degré de confiance élevé).

Selon les projections, la limitation du réchauffement planétaire à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C devrait réduire la hausse de la température des océans ainsi que l’augmentation associée de leur acidité et la diminution de leur oxygénation (degré de confiance élevé). En conséquence, la limitation du réchauffement planétaire à 1, °C de- vrait réduire les risques pour la biodiversité marine, les pêches et les écosystèmes marins, y compris leurs fonctions écologiques et les services qu’ils rendent aux êtres humains, comme l’illustrent les changements récents dont font l’objet les écosystèmes des glaces de mer dans l’Arctique et des récifs coralliens des eaux chaudes (degré de confiance élevé).

Selon les projections, les risques liés au climat pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l’approvisionne- ment en eau, la sécurité des personnes et la croissance économique devraient augmenter en cas de réchauffement planétaire de 1,5 °C, et même davantage en cas de réchauffement de 2 °C.

La plupart des besoins en matière d’adaptation seront moindres à 1,5 °C de réchauffement planétaire qu’à 2 °C (degré de confiance élevé). Il existe un large éventail d’options en matière d’adaptation susceptibles de réduire les risques liés au changement climatique (degré de confiance élevé). Il existe aussi des limites en matière d’adaptation et de capacité d’adaptation pour certains systèmes humains et naturels en cas de réchauffement planétaire de 1,5 °C, avec des pertes associées (degré de confiance moyen). Le nombre et la disponibilité des options en matière d’adaptation varient selon les secteurs (degré de confiance moyen).

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Balakot, Pakistan, 2005. Après le tremblement de terre. Photo : © Pieter ten Hoopen / Agence VU

 

Trajectoires d’émissions et transitions systémiques compatibles avec un réchauffement planétaire de 1,5 °C

Dans les trajectoires qui limitent le réchauffement planétaire à 1,5 °C sans dépassement ou avec un dépassement minime, les émissions anthropiques mondiales nettes de CO2 diminuent d’environ 45 % depuis les niveaux de 2010 jusqu’en 2030 (intervalle interquartile: 40-60 %), devenant égales à zéro vers 2050 (intervalle interquartile: 2045-2055). Pour limiter le réchauffement planétaire à moins de 2 °C, les émissions de CO2 devraient dimi- nuer d’environ 25 % d’ici à 2030 dans la plupart des trajectoires (intervalle interquartile: 10-30 %) et devenir nulles vers 2070 (inter- valle interquartile: 2065-2080). Dans les trajectoires qui limitent le réchauffement planétaire à 1,5 °C, les émissions de gaz autres que le CO2 font l’objet de fortes réductions, d’ampleurs équivalentes à celles figurant dans les trajectoires qui limitent le réchauffement à 2 °C (degré de confiance élevé).

Les trajectoires qui limitent le réchauffement planétaire à 1,5 °C sans dépassement ou avec un dépassement minime exigeraient des transitions rapides et radicales dans les domaines de l’énergie, de l’aménagement des terres, de l’urbanisme, des infrastructures (y compris transports et bâtiments) et des systèmes industriels (degré de confiance élevé). Ces transitions systémiques sont sans précédent pour ce qui est de leur ampleur, mais pas nécessairement de leur rythme, et supposent des réductions considérables des émissions dans tous les secteurs, un large éventail d’options en matière d’atténuation et une hausse nette des investissements dans ces options (degré de confiance moyen).

Toutes les trajectoires d’émissions qui limitent le réchauffement planétaire à 1,5 °C sans dépassement ou avec un dépassement minime prévoient l’élimination d’environ 100 à 1000 Gt CO2 au cours du XXIe siècle.

L’élimination du CO2 serait utilisée pour compenser les émissions résiduelles et, dans la plupart des cas, pour atteindre des émissions nettes négatives afin de revenir à un réchauffement de 1,5 °C à la suite d’un pic (degré de confiance élevé). L’élimination de plusieurs centaines de Gt CO2 est entravée par de nombreux obstacles en termes de faisabilité et de durabilité (degré de confiance élevé). La réduction des émissions nettes à court terme et la mise en œuvre de mesures visant à diminuer la consommation d’énergie et l’utilisation des terres peuvent limiter l’élimination du CO2 à quelques centaines de Gt CO2 sans avoir recours à la bioénergie avec captage et stockage du CO2 (degré de confiance élevé).

Renforcement de la parade mondiale dans le cadre du développement durable et de la lutte contre la pauvreté

Selon les estimations, les mesures d’atténuation annoncées par les pays au titre de l’Accord de Paris entraîneraient des émissions mondiales de gaz à effet de serre de 52 - 58 Gtéq CO2 an en 2030 (degré de confiance moyen). Les trajectoires qui tiennent compte de ces mesures annoncées ne parviendraient pas à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, même si elles prenaient également en considération une augmentation, très difficile à tenir, de l’ampleur des réductions d’émissions et des mesures annoncées en la matière après 2030 (degré de confiance élevé).

Il ne sera possible d’éviter les dépassements et la dépendance vis-à-vis de l’élimination à grande échelle du CO2 que si les émissions mondiales de CO2 commencent à décliner bien avant 2030 (degré de confiance élevé).

Il serait possible d’éviter un plus grand nombre d’im- pacts du changement climatique sur le développement durable, l’éradication de la pauvreté et la réduction des inégalités si le réchauffement planétaire était limité à 1, °C plutôt qu’à 2 °C, en tirant profit au maximum des synergies en matière d’atténuation et d’adaptation et en réduisant autant que possible les risques d’effets indésirables (degré de confiance élevé).

Si elles sont choisies avec soin et si elles bénéficient d’un environnement favorable, les options en matière d’adaptation spécifiques à des contextes donnés auront des répercussions positives sur le développement durable et la lutte contre la pauvreté dans le cas d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C, même s’il est possible que des compromis soient nécessaires (degré de confiance élevé).

Les options en matière d’atténuation compatibles avec les trajectoires axées sur l’objectif de 1,5 °C sont associées à un grand nombre de synergies et de compromis relativement aux objectifs de développement durable. Le nombre total de synergies possibles est supérieur à celui des compromis, mais leur effet net sera fonction du rythme et de l’ampleur des changements, de la composition de l’ensemble d’options en matière d’atténuation et de la façon dont sera gérée la transition (degré de confiance élevé).

La limitation des risques liés à un réchauffement planétaire de 1,5 °C dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté implique des transitions systémiques, lesquelles peuvent être stimulées par une hausse des investissements dans les mesures d’adaptation et d’atténuation, la mise en place d’instruments de gouvernance, l’accélération des innovations technologiques et l’évolution des comportements (degré de confiance élevé).

Le développement durable appuie, voire favorise souvent, les transitions et les transformations fondamentales de la société et des systèmes qui contribuent à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C.

Ces changements facilitent la mise en œuvre de trajectoires de développement favorisant la résilience face au changement climatique qui parviennent à mettre en œuvre des stratégies ambitieuses d’atténuation et d’adaptation parallèlement à l’éradication de la pauvreté et les efforts visant à réduire les inégalités (degré de confiance élevé).

Le renforcement des capacités des autorités nationales et infranationales, de la société civile, du secteur privé, des peuples autochtones et des communautés locales dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques peut favoriser la mise en œuvre de mesures ambitieuses permettant de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C (degré de confiance élevé). La coopération internationale peut créer un environnement propice pour atteindre cet objectif dans tous les pays et au bénéfice de tous, dans le contexte du développement durable. La coopération internationale est un catalyseur essentiel pour les pays en développement et les régions vulnérables (degré de confiance élevé).

 

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